À travers son travail photographique, Charlotte Hess explore le thème du portrait en concevant ses photos comme des tableaux des grands maîtres de l’âge d’or de la peinture néerlandaise.
Sous nos yeux, c’est tout l’art du portrait classique, témoin d’un monde, reflet de l’âme et porteur de sens, qui renaît. Sous une forme inédite. Celui de la photographie.
C’est cette idée d’immortalité que la photographe semble vouloir nous livrer, déjouant tous les codes contemporains de l’instantanéité.
Si le rôle de l’art est celui de proposer, révéler une vision singulière de la vie, alors Charlotte Hess, qui se définit d’abord comme une photographe, est aussi une artiste. Au sens puriste, originel du terme.


“La photographie m’est toujours apparue comme un outil au service de mes aspirations artistiques et non comme une finalité en soi. Depuis la fin de mes études à l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière, je n’ai eu de cesse d’utiliser la photographie dans son potentiel créatif, la métissant parfois à d’autres supports artistiques et privilégiant la mise en scène à la réalité.
 Ma série de portraits, après une longue période d’inactivité photographique, s’est dessinée progressivement dans mon esprit et s’est affirmée en réaction à l’hyper vulgarisation de la photographie et de cette multitude de clichés pris par toutes et par tous avec nos divers appareils pourvus de “capteurs d’images”. Le portrait, au départ une institution, est devenu anecdotique, instantané et éphémère. Chaque portrait est remplacé par le suivant, toujours plus au fait du moment présent. Ainsi, le portrait “traditionnel” est tombé en désuétude, malgré ses irremplaçables fonctions de mémoire et de transmission, sans oublier son fort potentiel esthétique.
 De fait, mon projet est né de cette envie de renouer avec ce moment inestimable de rencontre entre un artiste et son sujet, ce temps pendant lequel le lien se crée et où chacun se met au service de l’autre dans un dialogue silencieux. L’artiste offre son regard, le sujet l’accepte et se prête à la mise en scène.
 L’échange est éminemment au coeur de ce travail. Chaque personne photographiée est abordée de façon individuelle et la composition, la mise en scène évoluent au cours de la séance au gré de cet échange et de l’inspiration du moment présent. Un objet, un animal se glissent parfois dans la composition et participent à la narration du résultat final.
 Pour ce faire, le travail en studio est un impératif. L’atmosphère feutrée, l’obscurité ambiante contrastant avec une source de lumière directive tendent à couper le sujet de sa réalité et à le plonger dans un clair-obscur propre aux références picturales de Le Caravage à l’Âge d’or de la peinture hollandaise. Le temps des séances de pause participe aussi à faire voyager le modèle dans une temporalité se rapprochant davantage de ce qui existe dans le cas de portraits en peinture.
 L’outil photographique, de ce fait, se charge de codes picturaux empruntés aux portraits d’époque et propose, avec cet anachronisme, un rendu qui trouble nos références et interroge l’oeil sur la nature du support.
 Je travaille avec un boitier Hasselblad muni d’un dos phase one P45 pour son excellente restitution des détails dans les matières et son interprétation modulée de la lumière. Néanmoins, la mise au point est réalisée aux niveaux des yeux et, par une très faible profondeur de champ, l’ensemble se dessine dans une variation de flou léger, accentuant ainsi l’ambivalence entre photographie et peinture...”

 

 


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